L’entretien du mois d’avril : Isaline Saunier et Anna Dupuy, doctorantes.

Ce sont deux étudiantes françaises, Isaline Saunier et Anna Dupuy, doctorantes en anthropologie sociale, qui sont à l’honneur en cette fin de mois d’avril 2019.

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Isaline Saunier est doctorante en deuxième année de thèse à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes appartenant à l’université Paris Sciences et Lettres. Rattachée au laboratoire Groupe Sociétés, Religions et Laïcités, sa thèse porte sur l’identité et le vêtement en Mongolie.

Au cours de son Master d’archéologie à Paris IV-Sorbonne, Isaline s’est intéressée aux textiles découverts en Mongolie dans les années 1920 et conservés en Russie, avant de se tourner en deuxième année vers l’analyse d’objets du XVIIIè siècle mis au jour en Sibérie. L’étude d’un temps proche sans pour autant être contemporain lui a apporté un sentiment de frustration. C’est pourquoi elle s’est tournée vers un second Master à l’Ecole des hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) (Master AMO - Asie Méridionale et Orientale) où elle a optée pour une lecture anthropologique du vêtement en Mongolie, avant de se lancer par la suite sur le même sujet en doctorat à l’EPHE sous la direction d’Isabelle Charleux et de Caroline Bodolec.

Son premier terrain de recherche lui a permis de prendre conscience de données tant matérielles qu’immatérielles concernant le vêtement. Isaline s’est d’abord tournée vers les musées, pensant y trouver des réponses. Elle s’est rapidement rendue compte que le vêtement, vecteur d’une identité mongole, était loin d’être folklorique et sortait du cadre muséal. Son étude s’est donc vue transformée. Isaline place dorénavant les designers de mode au cœur de son travail. En mélangeant « tradition » et modernité, ils renouvellent les formes que les vêtements peuvent prendre et les ancrent dans une continuité historique. Elle s’attache donc à analyser les techniques, les matériaux, les savoir-faire ainsi que les croyances qui entourent le vêtement et qui peuvent différer entre ville et campagne.
La thèse d’Isaline est financée grâce à un contrat doctoral de trois ans. La Mongolie l’a déjà accueillie à quatre reprises depuis 2015. Aujourd’hui, invitée par l’Université Nationale de Mongolie, elle mène un terrain d’un an, de juin 2018 à juin 2019, à la fois à la campagne (Arhanghai) et dans la capitale.

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Anna Dupuy s’attache à comprendre la gestion et la représentation des déchets en Mongolie et ce que cela traduit de la relation des mongols avec l’environnement. Elle étudie donc « l’écologie » mongole contemporaine, c’est-à-dire certaines façons d’ « être-au-monde » et d’interagir avec lui.

Lors de son premier contact avec la Mongolie et les éleveurs nomades grâce aux bourses Zellidja (aide au voyage pour les jeunes de 16 à 20 ans) en 2012, Anna a été troublée par certaines pratiques de gestion du déchet. Le sujet s’est donc tout naturellement imposé à elle comme objet de recherche anthropologique.
Ainsi, après un séjour de trois mois dans une famille d’éleveurs du Khövsgöl, elle a soutenu son mémoire « ’Là où était la yourte d’un vaurien, il reste un tas de merde’ : « Déchets », moralité et prospérité dans l’économie domestique rurale mongole » à l’université de Paris-Nanterre.

Aujourd’hui, dans le cadre de sa thèse réalisée à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS/Paris) et au Laboratoire d’Anthropologie Sociale (LAS), Anna poursuit sa recherche sur les déchets dans une perspective comparatiste entre milieu urbain et milieu rural. Grâce au soutien financier de la bourse Martine Aublet/Musée du Quai Branly (15 000 euros), elle a pu revenir pour la quatrième fois en Mongolie afin de réaliser un terrain de recherche de sept mois. Après avoir passé l’hiver à la campagne (aimag de Töv), Anna se trouve en ce moment à Oulan-Bator où elle étudie tant les comportements des foyers que les actions des associations mongoles engagées dans la lutte contre les déchets (Zero Waste Mongolia, Hogoo bagasgaja (« réduisons nos déchets »), Hoggüi Mongol (« Mongolie sans déchets »). Par ailleurs, elle collabore également avec l’entreprise mongole SICA dans la réalisation d’une étude statistique, quantitative et qualitative sur les pratiques de gestion des déchets par les ménages d’Oulan-Bator. Avant de retourner en France, elle rejoindra en juin l’association franco-mongole Ecosoum afin d’évaluer leur impact sur les mentalités et les gestes d’élimination et de recyclage des déchets chez les villageois de Khishig-Undur.

Avec déjà quatre expériences à son actif, Anna s’est découvert une véritable passion pour le pays et compte y revenir dès l’année prochaine afin d’étoffer ses données et de continuer son apprentissage de la langue mongole.

Dernière modification : 30/04/2019

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