L’entretien du mois de mars : Tim Vanroelen, ancien Directeur Exécutif du projet éolien Sainshand Salkin Park

Fin mars 2019, M. Tim Vanroelen a laissé sa place de Directeur Exécutif du groupe Sainshand Salkhin Park et est rentré en Europe. Voici donc l’occasion de revenir sur son expérience et sur les activités qu’il a menées en Mongolie, depuis 2017, sous l’égide du groupe français ENGIE.

Sainshand Salkhin Park (SSP), est le troisième projet éolien du pays. Il est situé dans le Gobi du sud-est, à proximité de Sainshand, dans la province de Dornogobi. Le projet SSP est majoritairement européen 40% reviennent à ENGIE et 58 % à une entreprise allemandes et à une entreprise danoise (40% Ferrostaal et 60% IFU) et 1.42% à un investisseur local, M. Radnaabazar Davaanyam. En projet depuis 2011 et inauguré en septembre 2018, SSP possède une capacité de production de 55 MW. Le projet est financé par des prêts européens, issus de la BEI et BERD. Son opération et ses objectifs de production sont fixés pour 20 à 26 ans. Nous avons posé trois questions personnelles à Tim Vanroelen :

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1. D’où vous vient votre intérêt pour le secteur des énergies renouvelables ?

Disons que professionnellement j’ai suivi le tournant pris par ENGIE. En effet, le groupe souhaite développer davantage de projets environnementaux et prôner l’utilisation de technologies plus écologiques qui sont économiquement viables. Ce secteur en pleine expansion offre des opportunités professionnelles intéressantes. Ensuite, sur le plan personnel, il est évident qu’il est plus agréable de travailler dans un secteur perçu positivement par le grand public, même s’il s’avère que les énergies renouvelables peuvent également être critiquées.

2. Vous destiniez- vous au secteur de l’énergie initialement ?

J’ai fait des études d’ingénieur en Belgique et ensuite à l’Ecole Nationale Supérieure du Pétrole et des Moteurs (ENSPM), en France. J’ai commencé ma carrière dans le Conseil en Stratégie. J’ai toujours présenté un intérêt pour le pétrole, la chimie/pétrochimie et l’énergie, en particulier parce que ce sont des secteurs dans lesquels les projets sont massifs et très intensifs en capital. Ils sont entourés d’enjeux extrêmement importants et peuvent prétendre à des financements chiffrés en centaines de millions ou en milliards. Ces projets sont de véritables défis, c’est pourquoi cela est intellectuellement stimulant de travailler dans un tel contexte, notamment parce que la pluridisciplinarité y occupe une place importante. J’ai donc travaillé pendant cinq ans en Conseil Stratégie. J’ai réalisé une intervention auprès du CFO de Suez une semaine avant la fusion avec GDF. On m’a proposé de rejoindre le groupe et j’ai accepté. J’ai commencé à travailler pour ENGIE en Finance base à Paris avant d’évoluer vers la Construction et les Opérations en Amérique Latine. Après une expérience au Brésil et au Chili, me voilà en Mongolie.

3. Comment avez-vous vécu cette expérience en Mongolie ?

Il y a une anecdote qui me vient toujours en tête à propos de mon arrivée en Mongolie. Nous sommes partis, ma compagne, mon fils de deux ans et moi-même du Chili. Notre voyage a duré 45 heures. Nous avons vécu une différence de température de 60 degrés (+30 à -30 degrés) et subi un décalage de 11 heures. Mon fils a mis dix jours à s’habituer, donc nous étions réveillés toutes les nuits de 2 à 5 heures et à 7 heures je devais me réveiller pour aller travailler. Cela était intense. Autrement, la Mongolie est un pays fantastique pour une jeune famille en raison des activités extérieures illimitées. Il y a une liberté complète ici, il est très facile de profiter de la nature, de sortir des chemins, de planter sa tente. La culture mongole est fantastique et permet d’aller à la rencontre des locaux très facilement. Cependant, il est important de préciser que la Mongolie, en dehors de la capitale, n’est pas un pays destiné aux personnes souhaitant un voyage luxueux.

Professionnellement, je suis très content des responsabilités que j’ai ici. Il y a beaucoup de choses à gérer autour du projet SSP, c’est très stimulant. Par exemple notre contractant est chinois alors que nous travaillons dans une région où les relations avec la Chine sont assez particulières. La Mongolie est également un pays enclavé, ce qui ne facilite pas l’implantation d’un projet. Il faut procéder à l’acheminement des matériaux par différentes routes. Par ailleurs, les normes sont différentes ici, ce qui est très perturbant pour un œil européen habitué à certaines normes de sécurité. Heureusement nous n’avons eu aucun LTA (Lost Time Accident), c’est-à-dire d’accidents empêchant la personne de revenir travailler. Pourtant, lorsque je regarde les normes de sécurité d’autres constructions à Oulan-Bator ou en Mongolie, je suis particulièrement fier du niveau de sécurité présent sur le site de SSP. Évidemment, il y a des difficultés à travailler en Mongolie lorsque vous êtes un investisseur étranger. Rien n’est binaire. Il y a des difficultés économiques, législatives et politiques. Notre entreprise est à 98,5% européenne et la dette est 100% européenne (EBRD, EIB). Être européen en Mongolie induit de fait une approche plus sensible, notamment parce qu’il faut en permanence être accompagné de Mongols suffisamment hauts placés pour que les contreparties des contrats soient respectées.

Dernière modification : 30/04/2019

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